L’équipe DPCS, en collaboration avec le Laboratoire de l’éducation (LLE), organise une cinquième séance de séminaire.
Intervenant :
- Paul Gioia, docteur en sociologie
Intitulé : L’articulation des méthodes qualitatives et quantitatives dans l’explication des inégalités d’apprentissage en lecture
Résumé :
Mes recherches visent à comprendre les difficultés massives existant aujourd’hui dans l’apprentissage de la lecture en France. L’intervention présentera le dispositif d’enquêtes réalisées dans ce cadre et qui combine plusieurs échelles d’observation : l’exploitation statistique des évaluations nationales exhaustives (les 810 000 élèves de CP), une enquête par questionnaire auprès de plus de 16 000 enseignantes de CP, une enquête ethnographique approfondie auprès d’une cinquantaine d’élèves suivies de la grande section de maternelle jusqu’au CE1, menée simultanément dans les familles et dans les classes. J’analyserai ce que l’articulation étroite des méthodes qualitatives et quantitatives permet d’éclairer dans l’explication des difficultés scolaires et des inégalités sociales qui y sont liées, en me concentrant sur les questions de recherche suivantes : quels sont les savoirs scripturaux qui permettent aux élèves de bien entrer dans l’apprentissage de la lecture ? L’école et/ou les familles transmettent-elles ces savoirs ? Quelles méthodes d’enseignement mettent en œuvre les professeur⸱es de maternelle et de CP en France et quelle est leur efficacité respective ?
Les résultats montrent que la connaissance du principe alphabétique (CPA) constitue le principal prédicteur des performances ultérieures en lecture. Or cette connaissance, décisive dès l’entrée au CP, n’est que marginalement enseignée en maternelle et fait l’objet de transmissions familiales socialement différenciées. Les méthodes d’enseignement mises en œuvre au CP jouent alors un rôle crucial : les approches phoniques synthétiques strictes apparaissent comme les seules à permettre de compenser l’absence initiale de CPA. Elles sont pourtant minoritaires en France, et ce sont les familles les plus dotées en capitaux culturel et scolaire qui compensent durant l’année de CP l’inefficacité des méthodes mixtes majoritairement mises en œuvre dans les classes de leurs enfants.
L’apport central de la démarche tient aux allers-retours entre méthodes ethnographique et statistique : la première a permis de formuler et d’affiner les principales hypothèses de recherche (la CPA comme prédicteur principal de la lecture, sa non-transmission scolaire et sa transmission familiale socialement différenciée) et de préparer les enquêtes statistiques. Ces dernières ont quant à elles permis de tester la validité des hypothèses, d’en mesurer l’ampleur et d’en généraliser la portée.
La séance aura lieu vendredi 27 février 2026, de 11h00 à 12h30, à l’ENS de Lyon, site Descartes, en D8 001 (bâtiment Buisson, au fond des jardins, à gauche du Crous).
Contact : Pour suivre la séance à distance, demander le lien par mail à Nathan Ferret, Victor Vey ou Estelle Herbaut.



