Résumé :
L’un des grands invariants dans l’histoire des sociétés humaines réside dans l’opposition entre un « nous », chargé de toutes les valeurs positives imaginables, et un « eux », associé à tout ce qui est perçu comme négatif. Le mépris ou le rejet de l’« autre » (clan, tribu, ethnie, race, nation, région, groupe religieux, etc.) est le principe de tout ethnocentrisme. Mais l’opposition eux/nous n’est que le prolongement, dans l’ordre culturel-symbolique propre à notre espèce, d’un mécanisme général de défense présent dans l’ensemble du règne animal, des insectes eusociaux aux primates : défense du « proche » ou du « même » (apparenté ou nonapparenté) par rapport à ce qui est perçu comme lointain, différent, étranger, extérieur à son propre groupe. Dans le cas des sociétés humaines, le « nous » et les « eux » peuvent prendre des formes très variables dans la mesure où les groupes se construisent sur des bases culturelles. En même temps qu’elles ont réussi à rassembler des millions (voire des milliards) d’individus dans des unités sociales cohérentes et relativement pacifiées, les sociétés humaines n’ont cessé de multiplier les types d’opposition eux/nous, et donc les conflits possibles entre les groupes.
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