Le Centre Max Weber en lutte contre le projet de Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR) et le projet de réforme des retraites

Motion de l’Assemblée générale du Centre Max Weber, réunie à la Maison des Sciences de l’Homme, Lyon, le 06 janvier 2020 :

Contre la destruction du service public de l’enseignement et de la recherche : Mobilisation de tous les personnels !

Nous, membres du Centre Max Weber, réuni·es en Assemblée générale le 06 janvier 2020 à la MSH de Lyon, dénonçons un programme concerté de destruction de nos conditions d’emploi, de travail et de vie par de nombreuses contre-réformes en préparation. C’est pourquoi nous appelons à la grève reconductible jusqu’au retrait du projet de loi sur les retraites. Nous affirmons également notre soutien aux mouvements étudiants qui s’organisent contre les conditions de vie précaires qu’ils et elles subissent, revendiquons l’abrogation de la réforme de l’assurance-chômage et appelons à ne pas sanctionner celles et ceux qui se mobilisent.
Nous nous opposons également aux propositions des rapports préparatoires à la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) de 2020, dernier coup de boutoir de la politique de l’Enseignement supérieur et la recherche depuis 15 ans. En effet, nos laboratoires et universités font face au plus grand plan social de leur histoire avec un effondrement des postes de titulaires de l’enseignement, de la recherche et de l’administration. Loin de proposer un plan massif de recrutement et la pérennisation des crédits de recherche, ces rapports et les premières annonces d’Emmanuel Macron à l’occasion des 80 ans du CNRS annoncent au contraire plus de mandarinat, plus de précarité, plus d’inégalités entre les établissements et les personnels ainsi que des conditions moins favorables à la réalisation de nos recherches :
multiplication et création de nouveaux contrats précaires (dont des « CDI-chantier », pour le temps limité d’un projet), possibilité de recruter sans la qualification par le CNU, suppression de la référence aux 192 h TD pour les enseignant·es-chercheu·ses, modulation de services obligatoire en fonction des besoins de chaque UFR, fin du paiement des heures complémentaires, renforcement de la logique d’appels à projets comme mode unique de financement de la recherche et augmentation de la concurrence entre unités de recherche, etc.
Ces transformations de l’enseignement supérieur et de la recherche, conjuguées à la sélection des étudiant·es que permet Parcoursup, à la réforme des lycées et du baccalauréat, aux réformes de la formation des enseignant·es et à l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es, vont avoir des conséquences dramatiques pour les enseignant·es et chercheu·ses mais aussi pour les étudiant·es et remettraient gravement en cause l’accès de tou·tes à des études gratuites de qualité.
La précarité structurelle et la dégradation des conditions de travail affectent d’ores et déjà l’ensemble du monde universitaire. Non seulement les personnels titulaires sont en surcharge de travail permanente, mais une part importante de l’enseignement et du travail administratif est effectué par des personnels non titulaires. Nombreu·ses sont les doctorant·es et jeunes docteur·es qui alternent contrats ponctuels et périodes de chômage pour produire des recherches. Le recours aux vacations se fait la plupart du temps hors de tout cadre légal (pas de contrat de travail, notamment). Les discriminations sous toutes leurs formes, notamment de genre ou ethno-raciales, sont monnaie courante. Les éléments de démocratie universitaire comme le Conseil National des Universités et le Comité national du CNRS sont progressivement dépouillés de leurs prérogatives.
Nous devons mettre un coup d’arrêt à cette logique mortifère et inverser la tendance en gagnant enfin la titularisation des milliers de personnels précaires.

Dans cette perspective, nous appelons à participer aux manifestations des semaines à venir contre la réforme des retraites en constituant des cortèges de l’Enseignement supérieur et de la recherche en lutte.

Pour un service public de l’enseignement et de la recherche de qualité, nous sommes :
- Pour une université gratuite et accessible à toutes et tous et une recherche scientifique publique au service de toutes et tous.
- Pour la titularisation des précaires qui remplissent des fonctions pérennes et pour un plan de recrutement massif de titulaires à la hauteur de l’augmentation du nombre d’étudiant·es et des besoins publics de recherche.
- Pour la mensualisation des paiements des vacations et le respect de la législation en vigueur. Pour une revalorisation des vacations au moins au SMIC.
- Pour la création massive de postes pérennes à la hauteur de la mission de service public que nous assurons. Contre la casse du statut de fonctionnaire (refus des CDI-chantier, des tenure track qui ouvrent la voie à la remise en cause des statuts de MCF et de CR) ; contre la dérégulation des carrières ; pour la revalorisation du point d’indice ; contre la modulation des services des enseignant·es chercheu·ses, pour la réduction du temps de travail de l’ensemble des personnels de l’ESR ;
- Contre l’imposition du modèle de l’entreprise privée à l’ESR (et la concurrence généralisée et déloyale qui creuse les inégalités existantes et la précarisation de tous les personnels) ;
- Pour la mise en place de moyens effectifs de lutte contre toutes les discriminations ;
- Pour une véritable démocratie universitaire, contre l’augmentation du pouvoir gestionnaire des directions des universités et des établissements de recherche (refus du contournement des instances nationales d’évaluation par les pairs – CNU, Comité national du CNRS) ;
- Pour des mesures efficaces de lutte contre la précarité étudiante (revalorisation des bourses, création de logements étudiants salubres et à faible loyer, amélioration de l’accès à la médecine universitaire).

Texte adopté par l’AG du Centre Max Weber à l’unanimité.

Publié le 2 mars 2020