Centre Max Weber - UMR 5283

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Séminaire transversal : « Mensonges et statistiques »

vendredi 7 avril 2017 de 9h30 à 16h30 salle F08 ENS site Descartes

Le Centre Max Weber organise une journée de réflexion autour des usages des statistiques dans la recherche en sociologie. Elle se situe donc dans la lignée de l’espace quanti animé par Julien Barnier et Karine Pietropaoli.

Des interventions d’Emmanuel Didier et de plusieurs chercheurs du Centre Max Weber permettront une approche croisée de la problématique retenue : « Mensonges et statistiques ».

Cette journée aura lieu le vendredi 7 avril 2017 en salle F08, rez-de-chaussée du bâtiment Formation du site Descartes de l’ENS de Lyon.

Programme de la journée

9h30-9h45 : Accueil des participants

9h50-10h : Introduction de la journée Michèle Dupré

10h-10h45 - Intervention d’Emmanuel Didier : l’Etat néo-libéral ment-il ?

Résumé :En France, les statistiques sont souvent accusées d’être mensongères, surtout lorsqu’elles sont produites par l’État. Cet article se penche sur le cas des statistiques actuelles portant sur la délinquance et l’insécurité. S’inscrivant dans la tradition de l’étude des dénonciations publiques, l’article entend montrer comment divers acteurs sociaux accusent les statistiques policières de mentir, et selon quelles opérations à la fois sociales et cognitives ils établissent leur point de vue. Inversement, il s’agit d’étudier comment les producteurs de ces chiffres se défendent de telles accusations. Si cette contribution ne saurait trancher un débat qui ne l’a toujours pas été par ses acteurs eux-mêmes, elle entend néanmoins considérablement en éclaircir les termes.

10h45-11h30 - Intervention de Magali Mazuy : Surenchère du chiffre et posture scientifique

Résumé : La plupart des indicateurs statistiques produits dans le cadre de travaux sur des sujets « sensibles » sont porteurs de vives polémiques. Nous nous intéresserons ici aux recherches sur les violences sexuelles et à celles sur l’IVG. L’utilisation et la diffusion d’indicateurs dans les articles de vulgarisation scientifique ou dans le cadre de débats politiques sont mobilisés hors de leur cadre conceptuel, parfois dans une surenchère, les « dépouillant » de leur crédit scientifique, tout en leur octroyant un pouvoir qui dépasse le but pour lequel ils ont été pensés et construits ; les réduisant à un comptage, à une mesure grossière des phénomènes en question. Mais la mesure a aussi le pouvoir de marquer la mémoire, de devenir un puissant outil de légitimation et de communication. L’enjeu scientifique est de produire des indicateurs pertinents et robustes tout en veillant à ce qu’ils ne tombent pas dans les écueils d’un comptage mal interprété. Comment rendre compte de manière pertinente de l’évolution des IVG, comment diffuser du savoir avec rigueur et intelligence sur les violences sexuelles, avec les « outils » qui sont les nôtres ?

Pause

11h45-12h30 – intervention de Pascal Vallet : « Observations, mesures et vérifications de la mesure dans L’oeil à la page, une enquête de Jean-Claude Passeron et Michel Grumbach. »

Résumé : L’œil à la page, fut réalisée en 1978 par le Groupe interuniversitaire de documentation et d’enquêtes sociologiques (GIDES) sous la direction scientifique de Jean-Claude Passeron et la coordination de Michel Grumbach. Elle portait sur l’implantation de matériel audiovisuel dans huit bibliothèques municipales. Réalisée à la fin des années soixante-dix, elle apparaît à bien des égards comme une application, voire une mise à l’épreuve du Métier de sociologue (Bourdieu, Chamboredon, Passeron, 1968 et 1973). Elle aboutit à une sociologie de « l’engagement culturel » et à une réflexion sur la transmission des dispositions aux usages de la culture qui fut ensuite développée dans Le savant et le populaire (Grignon, Passeron, 1989). Multiméthodologique, l’enquête assigne un rôle précis à chaque instrument (rupture, collecte des données, mesure, vérification de la mesure.), rôle qui sera l’objet de la communication.

BUFFET (réservé aux membres du CMW sur inscription)

14h-14h45 - intervention de Pierre Mercklé : Les enquêtés mentent-ils ? Incohérences de réponse et illusion biographique dans les enquêtes longitudinales par questionnaires.

Résumé : On considère habituellement que les enquêtes longitudinales, au cours desquelles les enquêtés sont interrogés plusieurs fois successivement à plusieurs mois ou plusieurs années d’intervalle, permettent de réduire les biais liés aux difficultés de remémoration et à « l’illusion biographique ». Dans cette communication, je propose de prendre ces biais comme objets de recherche à part entière, et d’engager une discussion des apports et des limites des approches longitudinales, sur la base des résultats de différentes enquêtes longitudinales. On verra que les « incohérences » de réponses qu’il est possible de relever dans ces enquêtes, souvent traités comme des erreurs à corriger, sont en réalité pleinement redevables d’une analyse sociologique, qui permet de montrer comment elles s’inscrivent au cœur des processus de construction des biographies individuelles.

14h45-15h30 : Intervention de Marion Gilles : Des chiffres détournés. Conflits d’usages des statistiques de santé au travail en entreprise.

Résumé : Dans les analyses sociohistoriques sur les statistiques publiques, celles-ci apparaissent comme une ressource particulièrement efficace pour contribuer à la définition d’un problème public et légitimer des actions politiques. En étudiant la production et la diffusion des statistiques de santé au travail produites par des médecins du travail en entreprise, nous observons un processus plus chaotique aux effets ambivalents. La production quantitative accompagne une plus grande visibilité de la « santé au travail ». Toutefois, les chiffres échappent en partie aux médecins lorsqu’ils sont repris par des gestionnaires dans des usages normatifs et prescriptifs qui orientent la manière de définir les enjeux de « santé au travail » et leurs modalités de prise en charge. En s’écartant des statistiques publiques, habituellement étudiées dans les travaux de sociologie de la quantification, cette communication propose de revisiter les notions d’usages, de mésusages et d’autonomisation des statistiques.

Pause

15h45-16h30 - Table ronde avec les intervenants animée par Pascal Vallet

Publié le 2 avril 2017

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